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Pôvres petites couleurs !
Pôvres petites couleurs !

J'aimerais tant tellement les aider
c'est pas toujours drôle la vie d'une couleur
c'est pas toujours rose...

Quand elle est toute petite la couleur
la première chose qu'on lui fait
on l'emprisouille dans un pot ou dans un tube
toute seule!
Jamais deux couleurs ensemble!
Elles se connaissent pas encore les couleurs
elles peuvent pas encore se voir en peinture,,,

Puis un jour comme ça par hasard
l'artisse se réveillonne et se fâche:
on a pas le droit de mettre les couleurs en prison!
Y a qu'à voir le monde
le monde est grisonnant, trixte et mélancolorique...
Finies les idées noires!

Et alors le grand totomatisse
devient fauvette,
il écrabouille les tubes,
il déboussole les pots,
il libérationne les couleurs et les tartine
sur une grande toile très impressionnisée...

et c'est un cacao esstradinaire !


Les couleurs sont folles furieusement braques!
Elles se mésangent et se soulagent et se superpositionnent
et se condimentationnent arc-en-cielement.
Ça vermillonne partout le rouge gorge le noir de son carmindigo
et chauffe le violet qui fond et se guimauve...
et l'émerôde l'émerôde autour des bleus qui se turquoisent
et s'azurent et se grisent... la terre fait des siennes et dérouille les embruns...
le jaune se laisse aller le jaune devient médiocre et bientôt passe au vert
vert de terre vert-de-gris et vert de jalousie...!

Et ça roule sur la toile et ça roule et ça gerbe de soleil en folie
ça mitote et ça mousse et ça devient léger ça moguglianise
dans tous les demis-tons l'orange cramoisit dans le buffet kaki
le matériau pèle l'outremer déborduase inondant la palette
de chrome envahinée qui écarlate enfin
dans une apothérose émouvantablement supercolorifique!

Mais ça finit pas là. La toile il faut la faire sécher;
on la sort, on l'étend sur la galerie et alos là tout un monde se précipitationne
c'est l'attraction lyrique et pas n'importe quel monde :
un monde très gratiné toutes sortes de collationneurs de chèvres d'oeuf
toutes sortes d'épicurieux des grignoteurs de pistachistes
des dadamateurs de peinture contemporeuse
des brosseurs de tabloïds qui peignent fin de siècle
des exhibibites en oblongues qui ratent jamais un vermicelle
et qui viennent là pour visonner... et ça clapote et ça clapote...

Mais le vrai tergivernissage c'est quand les hypocritiques arrivent.
Ils se reconnaissent bien les hypocritiques ils arrivent toujours en habit de rigueur
ou en imper réaliste... ils viennent pas là pour faire du plaisanting
ils sont là pour casser la croûte!
ils zyeutent ils scrutinent ils examinouillent
ils manquent rien pas un petit bétail qui leur écharpe
ils ont l'oeil impardonnable et le jugement dernier...!

Et ils s'extasent, ils s'évermouillent,
ils se formalisent de tout et se défulminent de rien,
ils deviennent vitupérationnels et se racontent d'amères disances et des calcomanies...
mais ils s'expressionnent tant complexement que nous on comprend rien...
Ils ont sûrement la langue trop fermétique!

Et pourtant y en a des choses à voir des choses à dire sur la toile,
elle est là, elle se laisse faire, y a qu'à la regarder la toile...
C'est un gigantesque pic-à-brac de guitares en multi-cubes...
c'est un trésor dalidada plein de lèvres qui susurréalisent et béquillent
dans un désert de montres molluxes... un peu partout des nez
toutes sortes de nez des nez au cube des nez au réalisse des nez au futurisse
de longs nez qui s'arrêtent et font demi-tour eiffel...

Ici c'est une ancienne belle qui magritte à vue d'oeil on la soutine
on lui fait une chirico-plasticine...plus haut c'est une chagallerie
qui plane et qui parachutise des ânes avec leurs émules à bec...
des vipères réalistes sortent de partout en longs kimonochromes
qui motorisent le porc du bikini...l'art s'amuse et se popcornemuse...

Mais la toile aime pas ça, la toile refuse global son jeune cadre angulaire...
ça gronde et ça gromatire au loin et bientôt la grenadine explositionne...
c'est la guernicasso! L'affreuse qui coupe les chevaux en quatre
et sanguine les toros! l'art exprimitif! l'art cri!
L'art graphigne tant tellement l'environning
l'art devient cinétique si frénétique si tant bernétique
qu'on est obligé  de l'enfermer dans un muselé
avec de grandes portes pleines de fermetures...

Et c'est fini
la pôvre petite couleur est encore emprisouillée
elle voyera plus personne
seulement le vieux conserviteur du muselé
qui fait son promening
et qui garde
sans regarder